Togo : la Maison de l’huissier de justice prend forme, le financement reste un défi
La Chambre nationale des huissiers de justice du Togo (CNHJ-Togo) a posé, le 8 octobre 2026 à Lomé, la première pierre de sa future Maison. Au-delà du regroupement des services de la corporation, cette infrastructure ambitionne de renforcer l’autonomie institutionnelle de la profession, d’améliorer les conditions de travail et de générer des revenus propres. Mais la mobilisation des ressources nécessaires à l’achèvement du chantier constitue un enjeu majeur.

Une nouvelle étape vient d’être franchie dans la structuration de la profession d’huissier de justice au Togo. La Chambre nationale des huissiers de justice du Togo a officiellement lancé, le 8 octobre 2026 à Lomé, les travaux de construction de sa future Maison, un projet porté depuis plusieurs années par les responsables successifs de la corporation.
À cette occasion, le président de la CNHJ-Togo, Me Luc Ako Sowah, a salué l’aboutissement d’une ambition collective et rendu hommage aux prédécesseurs qui ont œuvré à sa concrétisation. Il a rappelé que l’obtention d’un terrain ou d’un immeuble destiné à abriter le siège de la Chambre nationale figurait parmi les préoccupations constantes des différents dirigeants.
De Claude Klouvi Assiongnon à feu Ahoomey Zunu Duafa, en passant par André Sama Botcho et l’ancienne présidente Victoire Kokoè Gaba Dos Reis, plusieurs responsables ont porté cette revendication. Le projet a ensuite connu une avancée significative sous la présidence de Me Eklou Rémy, qui avait procédé à la pose de la première pierre de la clôture du terrain mis gracieusement à la disposition de la corporation par l’État togolais.
« Ils n’ont ménagé aucun effort pour que ce jour soit une réalité », a souligné Me Luc Ako Sowah, exprimant sa reconnaissance envers ses prédécesseurs. Il a également remercié le Président du Conseil, Faure Gnassingbé, et le gouvernement pour l’octroi de cette parcelle, qu’il considère comme un soutien à la profession et, au-delà, au fonctionnement de la justice au Togo.
Un cadre moderne au service de la profession
Pour la CNHJ-Togo, la future Maison ne sera pas un simple bâtiment administratif. Elle doit contribuer à consolider l’identité institutionnelle de la Chambre, à renforcer son autonomie matérielle et administrative et à améliorer les services proposés aux huissiers de justice.

« Poser la première pierre de la Maison de l’huissier de justice, c’est bien plus qu’engager un chantier. C’est affirmer que notre profession a une mémoire, une identité et un avenir, et qu’elle entend leur donner un toit à la mesure de leur importance », a déclaré le président de la Chambre.
L’infrastructure devrait regrouper les bureaux des responsables et du personnel, des salles de réunion et de formation ainsi que des espaces d’archivage. Cette centralisation des services vise à faciliter la gestion administrative, à renforcer la coordination des activités et à offrir un meilleur accompagnement aux membres de la corporation.
Le projet s’inscrit également dans le cadre légal régissant la profession. L’article 67 de la loi du 30 décembre 2011 portant statut des huissiers de justice au Togo prévoit la création d’une Chambre nationale des huissiers de justice auprès du garde des Sceaux, ministre de la Justice, avec un siège établi à Lomé.
La construction d’un siège propre doit ainsi permettre de donner une traduction concrète à cette disposition et de renforcer la visibilité de la profession auprès des pouvoirs publics et du grand public.
La formation continue constitue un autre volet important des ambitions affichées. Face à l’évolution du droit et aux exigences de la transformation numérique, la future Maison devrait offrir un cadre adapté à l’actualisation des connaissances et à la modernisation des pratiques professionnelles.
Un projet architectural à vocation professionnelle et économique
Présenté par Kokou Abidji, assistant de l’architecte Tchassim Lidao, le projet architectural prévoit une parcelle de 1 400 m² bordée par trois rues. L’emprise au sol devrait rester inférieure à la moitié de la superficie totale, laissant plus de 700 m² aux espaces libres, aux allées, à la verdure et au stationnement.
Le sous-sol, d’une superficie annoncée de 341 m², comprendra notamment un parking sécurisé et un espace d’archives de 42,84 m² destiné à la conservation et à la consultation des dossiers professionnels.
Au rez-de-chaussée, les plans prévoient une salle de conférence de 300 places, une salle de commission, un réfectoire et des espaces commerciaux totalisant 150 m². Ces commerces devraient constituer une source de revenus locatifs réguliers pour contribuer aux charges de fonctionnement de l’infrastructure.
Les premier et deuxième étages seront réservés aux bureaux et aux espaces de travail. Les troisième, quatrième et cinquième étages devraient accueillir chacun douze appartements. Une terrasse couverte de plus de 400 m² est également prévue au sixième étage.
À travers cette configuration, la CNHJ-Togo entend concilier les besoins administratifs de la corporation avec la recherche de ressources financières pérennes. Les revenus attendus de la location des espaces commerciaux et résidentiels pourraient contribuer à assurer l’entretien du bâtiment et à soutenir le fonctionnement de la Chambre.
La mobilisation des financements, un enjeu décisif
Malgré le lancement officiel des travaux, la concrétisation du projet reste conditionnée à la disponibilité des ressources financières nécessaires. Me Luc Ako Sowah a reconnu que le coût de réalisation de l’ouvrage dépasse les capacités financières actuellement mobilisables par la Chambre nationale.
Le chantier a été engagé sur fonds propres, mais ces moyens pourraient ne pas suffire à garantir une exécution rapide et continue des travaux. Pour éviter que les contraintes financières ne compromettent l’aboutissement du projet, le président de la CNHJ-Togo a lancé un appel à la solidarité.
Il a invité les personnes physiques et morales, les entreprises, les banques et les institutions financières, notamment celles qui entretiennent des relations professionnelles avec les huissiers de justice, à apporter leur contribution à la réalisation de cette infrastructure.
La réussite du projet dépendra donc de la capacité de la corporation à mobiliser des financements complémentaires et à transformer les engagements annoncés en ressources concrètes. L’enjeu est désormais de passer d’un chantier officiellement lancé à un bâtiment achevé, fonctionnel et économiquement viable.
Le président de la Chambre nationale a par ailleurs salué l’implication des pouvoirs publics, des architectes, des entreprises et des confrères ayant contribué à l’avancement du projet. Il a particulièrement remercié Me Godevi et Me Kabua pour leur rôle dans l’organisation de la cérémonie.
En plaçant l’intégrité, l’impartialité et le respect du justiciable au cœur de son intervention, Me Luc Ako Sowah a appelé à faire de la future Maison un symbole des valeurs fondamentales de la profession.
Après plusieurs années de démarches et d’engagements successifs, la première pierre est désormais posée. Pour les huissiers de justice du Togo, le défi consiste à réunir les moyens nécessaires pour faire de cette ambition collective une infrastructure durable, au service de la profession et des justiciables.
Dodji KETOHOU





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