Kako Nubukpo salue la PIA d’Adétikopé : « Une voie crédible pour l’industrialisation africaine »
La Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) continue de gagner en reconnaissance sur la scène économique africaine. En marge du sommet Africa Forward organisé à Nairobi et co-présidé par Emmanuel Macron et William Ruto, l’économiste togolais Kako Nubukpo a exprimé son soutien appuyé au modèle industriel développé par le Togo.

Dans un entretien accordé à l’Agence Ecofin et Togo First, l’ancien ministre togolais, ex-commissaire de l’UEMOA chargé de l’agriculture et actuel directeur de l’Observatoire de l’Afrique subsaharienne à la Fondation Jean-Jaurès, a salué l’émergence de plateformes industrielles intégrées comme celle d’Adétikopé au Togo ou de Glo-Djigbé au Bénin.
« J’applaudis la création de la plateforme industrielle d’Adétikopé au Togo et celle de Glo-Djigbé au Bénin », a-t-il déclaré, voyant dans ces initiatives des exemples concrets d’une stratégie de transformation économique fondée sur ce qu’il qualifie de « protectionnisme éducatif ».
Pour Kako Nubukpo, cette approche consiste à protéger temporairement certaines filières stratégiques afin de permettre aux économies africaines de bâtir progressivement une base industrielle solide et compétitive. Une vision qu’il développe notamment dans son ouvrage L’Afrique et le reste du monde, publié en 2024 aux éditions Odile Jacob.
Selon lui, toutes les grandes puissances industrielles ont eu recours, à différentes périodes de leur développement, à des mécanismes de protection économique pour consolider leurs industries nationales. « Se protéger pour s’industrialiser, c’est acceptable. C’est ainsi que toutes les nations ont procédé », soutient-il, rappelant que même les United States assument aujourd’hui des politiques économiques de plus en plus protectionnistes.
Cette validation intellectuelle intervient alors que la dynamique industrielle togolaise connaît une accélération notable. Lancée en juin 2021 dans le cadre du Plan national de développement, la Plateforme industrielle d’Adétikopé s’étend sur près de 400 hectares et accueille désormais une vingtaine d’entreprises industrielles.
L’un des projets phares de cette plateforme reste l’implantation de l’usine textile Star Garments, inaugurée en juin 2025. Il s’agit du premier site africain du groupe américain Charles Komar & Sons, réalisé grâce à un investissement estimé à 13 milliards de FCFA avec l’appui de la Société financière internationale. À terme, le complexe industriel ambitionne de générer environ 25 000 emplois directs.
Au-delà des infrastructures, Kako Nubukpo insiste sur les fondamentaux nécessaires à une industrialisation durable : accès à l’énergie, maîtrise des coûts de production, disponibilité des matières premières et montée en puissance des capacités productives.
« La structure industrielle, les coûts de l’énergie, l’approvisionnement en matière première, l’échelle : tout cela doit nous permettre de produire pour le marché domestique ou même d’être compétitifs à l’international », analyse l’économiste.
L’auteur de L’urgence africaine estime par ailleurs que l’industrialisation africaine doit être pensée dans une logique de long terme. Selon lui, les résultats réels d’une politique industrielle se mesurent sur plusieurs décennies, à l’échelle de 5, 10 voire 20 ans.
Dans cette perspective, il considère l’agro-industrie comme un levier particulièrement stratégique pour les pays ouest-africains, compte tenu du poids du secteur agricole dans les économies et de l’importance des populations rurales.
C’est également dans cette logique qu’il salue les actions de l’Agence de transformation agricole (ATA), opérationnelle depuis janvier 2023. Inspirée des modèles asiatiques d’agences de transformation économique, cette structure pilote depuis 2025 le Programme de modernisation de l’agriculture au Togo (ProMAT 2025-2034), soutenu par la Banque mondiale à hauteur de 300 millions de dollars.
Selon les données disponibles, plus de 10 000 producteurs répartis dans une centaine de cantons bénéficient déjà de l’accompagnement de cette agence, considérée comme un instrument clé de la modernisation agricole et de la transformation structurelle de l’économie togolaise.
Ing Ilyame O-L



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