Biashara Africa 2026 : Ports et corridors logistiques présentés comme leviers du commerce intra-africain
Un panel sur le thème « Relier l’Afrique : infrastructures, ports, corridors et avenir du commerce africain », organisé le mardi 19 mai à Lomé dans le cadre de Biashara Africa 2026, a mis en évidence le rôle stratégique des infrastructures de transport, des ports maritimes et des corridors logistiques dans la réussite de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Les experts ont souligné que la libéralisation des échanges ne pourra produire tous ses effets que si les marchandises circulent rapidement, à moindre coût et dans des conditions fiables entre les pays africains. Selon eux, la modernisation des infrastructures et l’amélioration de la connectivité régionale constituent des conditions indispensables pour stimuler le commerce intra-africain, attirer les investissements et renforcer la compétitivité des économies du continent. Les panélistes ont fait savoir que la réussite de la ZLECAf dépendra moins de la seule suppression des barrières tarifaires que de la capacité de l’Afrique à construire les infrastructures physiques et logistiques nécessaires à la circulation des biens, des services et des investissements sur l’ensemble du continent.

Dans son discours d’ouverture, le directeur général délégué Afrique d’Africa Global Logistics (AGL), Mohamed Diop, a souligné que les crises géopolitiques, notamment au Moyen-Orient et autour du détroit d’Ormuz, perturbent fortement les chaînes d’approvisionnement mondiales et renforcent la nécessité de repenser la logistique africaine. « La logistique constitue un levier de souveraineté économique et un catalyseur essentiel pour le succès de la ZLECAf. Ce sont les infrastructures qui permettent réellement aux marchandises de circuler. L’AGL investit environ un milliard de dollars par an en Afrique pour moderniser les infrastructures, développer des hubs portuaires comme celui du Lomé et former les talents locaux », a-t-il affirmé.
Le membre du conseil d’administration du Fonds d’ajustement de la ZLECAf, Patient Sayiba, a expliqué que le corridor Abidjan-Lagos, qui concentre environ 75 % de l’activité économique de l’Afrique de l’Ouest, est un levier majeur de l’intégration régionale. Reliant les ports de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Ghana et du Nigeria, cet axe, dit-il, doit être connecté aux routes, chemins de fer, pipelines et plateformes logistiques pour favoriser le commerce intra-africain. Le panéliste a plaidé pour une redéfinition du concept de corridor, l’élimination progressive des barrières frontalières et un renforcement des partenariats public-privé, afin de mobiliser davantage d’investissements privés dans les infrastructures stratégiques du continent.
La secrétaire exécutive de l’Organisation du corridor Abidjan-Lagos, Hortense Me, a rappelé que ce corridor représente l’épine dorsale de l’intégration économique en Afrique de l’Ouest, concentrant à lui seul environ 75 % de l’activité économique de la région. Cet axe stratégique, précise-t-elle, relie cinq des principales économies ouest-africaines et se connecte à plusieurs corridors vers l’intérieur du continent, notamment Abidjan-Ouagadougou, Cotonou-Niamey et Accra-Ouagadougou, puis intègre également les grands ports de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Ghana et du Nigeria. Elle a souligné que l’interconnexion des corridors internes et transfrontaliers est indispensable pour fluidifier les échanges commerciaux et renforcer l’intégration du continent.
La vice-présidente et directrice régionale de la Compagnie maritime d’affrètement – Compagnie générale maritime (CMA CGM), Adeline Gabillaud, a réaffirmé son engagement à accompagner la transformation économique de l’Afrique à travers le développement des infrastructures maritimes et logistiques. « L’entreprise renforce ses capacités sur les grandes routes maritimes reliant l’Afrique à l’Asie et à l’Europe, tout en investissant dans des terminaux portuaires modernes. Elle mise sur la digitalisation, les partenariats public-privé et l’implantation de hubs régionaux, notamment à Abidjan, afin de stimuler le commerce intra-africain et faciliter les exportations de produits transformés du continent », a-t-elle indiqué.
Le directeur général de Ports and Logistics Consultants Ltd, Khalid Bichou, a insisté sur la nécessité d’une meilleure coordination entre infrastructures portuaires, réseaux ferroviaires, corridors routiers et procédures douanières, condition essentielle pour bâtir un système logistique intégré à l’échelle continentale.
Selon la Banque mondiale, la ZLECAf pourrait accroître les exportations africaines de 560 milliards de dollars d’ici à 2035, à condition que les coûts logistiques et les obstacles non tarifaires soient réduits.
TOESSI Adjovi


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