À Washington, le Togo plaide pour une diplomatie de la prévention

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À Washington, le Togo plaide pour une diplomatie de la prévention

 Dans les couloirs du Forum annuel de la Banque mondiale sur les fragilités, une voix africaine s’est imposée cette année avec une clarté particulière. Lundi, Sandra Ablamba Johnson, ministre Secrétaire Générale de la Présidence du Conseil du Togo, a pris part à un panel de haut niveau consacré aux leçons tirées du Sahel en matière de prévention des conflits. Une tribune qui n’avait rien d’anodin pour Lomé, dont l’extrême nord subit la pression djihadiste depuis 2022.

Prévenir plutôt que reconstruire

La question posée à ce panel était aussi simple qu’urgente : comment éviter que des États fragiles ne basculent dans le chaos ? Ousmane Diagana, Vice-Président du Groupe de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, a d’emblée fixé le cap. L’IDA, le bras concessionnel de l’institution, a changé de logique. Finis les financements uniquement post-crise : les ressources sont désormais débloquées en amont, plus vite et de façon plus flexible, pour maintenir les écoles ouvertes, les dispensaires en activité, les jeunes occupés — avant que la rupture ne s’installe.

Abdellah S. Cheikh Sidiya, ministre mauritanien des Affaires économiques et du Développement, a abondé dans ce sens en convoquant l’expérience de son pays : investir dans les routes, les marchés et l’accès à l’eau en périphérie, c’est priver les groupes armés de leur principal argument de recrutement — le sentiment d’abandon.

La dimension politique a été portée par Leonardo Santos Simão, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Sa conviction : aucune opération militaire ne tient sans un socle de confiance entre l’État et ses citoyens. Dialogue inclusif, justice et bonne gouvernance locale restent les antidotes les plus durables. Bakary Sambe, chercheur à l’Institut Timbuktu, a complété le tableau en pointant la bataille des récits : quand l’État ne propose pas d’horizon crédible, les discours extrémistes comblent le vide dans l’imaginaire des jeunes.

Le modèle togolais des Savanes

C’est précisément cette articulation que le Togo expérimente depuis quatre ans dans sa région des Savanes. Sandra Ablamba Johnson a présenté une approche structurée autour de trois axes indissociables.

Le premier est sécuritaire et étatique : l’opération Koundjouaré, mais aussi et surtout le retour concret des enseignants, des agents de santé et des administrations dans les cantons. Le deuxième est économique et social : infrastructures, électrification, accès à l’eau, autonomisation des femmes et des jeunes pour assécher le vivier du recrutement armé. Le troisième est régional : l’Accord d’Accra et une coopération renforcée avec le Burkina Faso, le Ghana et le Bénin, parce que la menace djihadiste ignore les frontières et que la réponse doit en faire autant.

Un message qui dépasse la diplomatie

La présence de la ministre togolaise à Washington dépasse le simple exercice de représentation. Elle traduit la volonté du Togo de partager une expérience encore rare dans la région : tenir sous pression tout en investissant massivement dans le capital humain.

Le message porté à la Banque mondiale est direct. La prévention a certes un coût budgétaire, mais il demeure bien inférieur à celui de la guerre, des déplacements de populations et de la déscolarisation de masse. Elle exige de la constance, de l’écoute du terrain et une coordination sans faille entre partenaires techniques et communautés locales.

Car comme l’ont rappelé tous les intervenants, la première ligne de défense contre la fragilité n’est ni un blindé ni un budget. C’est le maire qui maintient sa mairie ouverte, le chef de village qui refuse la loi des armes, l’enseignante qui tient sa classe malgré les menaces. C’est cette doctrine d’action précoce, collective et durable que Lomé est venu défendre à Washington — avec la conviction que le Sahel ne manque pas de solutions, mais de temps pour les appliquer.

DJATO

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