Anna Bjerde de la Banque mondiale l’interview ; « La seule voie possible pour créer des emplois : il faut de la croissance, et pour y parvenir, il faut faire du secteur privé un acteur central de la solution
Anna Bjerde, Directrice générale des opérations du Groupe Banque mondiale, a effectué le jeudi 16 juillet 2026 une visite au Togo, brève mais intense : l’institution y a signé cinq nouveaux projets d’environ 429 millions de dollars portant sur le transport, l’électrification, le gaz naturel, les régions défavorisées et l’identité numérique. Elle a également visité le site du Programme de gestion du littoral ouest-africain (WACA) et s’est entretenue avec des responsables gouvernementaux. Togo First l’a rencontrée pour évoquer les priorités de développement du pays, la nouvelle allocation de prévention et de résilience du Groupe Banque mondiale, ainsi que les prochaines étapes pour la protection du littoral et le Port de Lomé.
Sur la base de vos discussions d’aujourd’hui, quelles sont selon vous les opportunités de développement les plus critiques pour le Togo ?
Anna Bjerde : Nous avons un partenariat de longue date avec le Togo, qui s’est beaucoup renforcé ces dernières années. Le défi majeur, mais aussi la plus grande opportunité, c’est la création d’emplois, notamment pour les jeunes.

Sous l’impulsion de Vision 2040, l’accent est mis sur la croissance, la création d’emplois et la participation du secteur privé. C’est précisément ce que la Banque mondiale considère comme la seule voie possible pour créer des emplois : il faut de la croissance, et pour y parvenir, il faut faire du secteur privé un acteur central de la solution, car il apporte des idées, de la créativité et, il faut le reconnaître, la grande majorité des emplois sont créés par le secteur privé.
C’est facile à dire, mais plus difficile à réaliser. Que faut-il pour créer des emplois ? Des infrastructures. L’accent porte donc sur l’énergie, la connectivité des transports et la logistique, qui constituent déjà un atout pour le Togo, ainsi que sur la numérisation. Nous pensons également que l’agriculture, en particulier l’agrobusiness à plus haute productivité, recèle un immense potentiel de création d’emplois.
Il s’agit d’une économie qui peut prospérer grâce à sa géographie et aux investissements déjà consentis pour en faire un hub de transport et de logistique. Mais il lui faut maintenant créer suffisamment d’emplois. Nous estimons qu’environ 150 000 emplois sont nécessaires chaque année, alors que seuls 100 000 environ sont actuellement créés.
Comment la Banque mondiale peut-elle soutenir au mieux les efforts de développement du gouvernement en la matière ?
Anna Bjerde : De plusieurs façons. En premier lieu, j’étais très heureuse d’être ici aujourd’hui, car nous avons signé cinq nouveaux projets d’environ 429 millions de dollars.
Ces projets couvrent notamment la connectivité des transports et la logistique, avec la modernisation de la voie ferrée reliant le port à l’intérieur du pays et aux marchés extérieurs au Togo, ainsi que l’électrification. Le Togo affiche un taux d’électrification relativement élevé, mais il reste des écarts à combler. Troisième axe : le gaz naturel, une source d’énergie de plus en plus importante. Quatrième projet : un programme ciblant les régions défavorisées, notamment le nord, où persistent des défis importants en matière de services. Et cinquième : dans le prolongement des investissements du Togo dans l’identité numérique, parachever ce processus et offrir davantage de services numériques aux détenteurs d’une telle identité.
Le Groupe Banque mondiale a donc déjà signé cinq projets couvrant les infrastructures, les services et la numérisation. Au-delà, nous devons continuer à lever les obstacles à la croissance du secteur privé, qui est et demeurera le principal employeur du pays.
Togo First : Vous avez également évoqué une allocation spéciale récemment approuvée par la Banque mondiale pour le Togo en matière de prévention et de résilience, en reconnaissance des progrès accomplis dans la lutte contre la fragilité. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette décision et ce qu’elle représente pour les régions vulnérables, dont le nord, et leurs populations ?
Anna Bjerde : La Banque mondiale s’engage fortement à soutenir les pays confrontés à la fragilité, au risque de fragilité et de conflit, voire les pays en conflit actif. Nous sommes très impliqués sur ce front.
Dans le cas du Togo, nous avons approuvé ce que nous appelons une allocation de prévention et de résilience, qui augmente les ressources disponibles pour aider le pays à s’attaquer aux causes profondes de la fragilité, en particulier dans les communautés vulnérables situées à proximité de zones fragiles. La logique est simple : si l’on ne travaille pas sur la prévention, on accélère le moment où un risque anticipé devient une réalité. Nous sommes heureux de disposer de ce mécanisme pour accroître nos ressources au profit des pays qui y sont éligibles, et le Togo l’est.
Togo First : Vous venez de visiter l’un des projets les plus connus du pays, le WACA. Au vu des résultats déjà obtenus, quelles sont les prochaines étapes de ce programme régional ?
Anna Bjerde : Ce projet revêt une grande importance pour le Togo, mais aussi pour les pays voisins, car les zones côtières sont des actifs économiques essentiels. Ce que l’on observe dans bon nombre de ces zones, c’est l’érosion, et lorsque le littoral recule, l’accès à la mer et à ses ressources se réduit. Cela entraîne également des problèmes de pollution et une plus grande vulnérabilité aux chocs environnementaux. L’objectif de projets comme celui-ci est de faire reculer l’érosion.
Ils y parviennent grâce à une technologie assez simple, les épis, que j’ai pu observer aujourd’hui, et cette approche génère de l’emploi local. J’ai échangé avec des bénéficiaires qui m’ont dit que le projet leur apportait réellement une aide, car il a accru la disponibilité du poisson. La pêche est ici une source de revenus importante, tant pour les pêcheurs que pour les femmes qui fument le poisson et le vendent sur les marchés locaux.
Il m’a été très gratifiant de voir ce projet, et nous souhaitons continuer à soutenir des initiatives de ce type. Je comprends par ailleurs qu’il a stimulé le tourisme local, y compris la construction d’hôtels, parce qu’il y a désormais une plage que les gens viennent visiter depuis que l’érosion a été stoppée.
Togo First : Avez-vous un commentaire à formuler sur le Port de Lomé ?
Anna Bjerde : Simplement pour dire que, comme je l’ai mentionné, les infrastructures sont très importantes pour l’économie, et le Togo dispose déjà d’un atout exceptionnel avec son port. Nous souhaitons continuer à développer son activité et son utilité grâce à des infrastructures supplémentaires, notamment la modernisation du réseau ferroviaire, et en veillant à ce que d’autres activités économiques se développent autour du fait que ce port connecte le reste du pays et d’autres villes.
Source :Togofirst




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