D’pontre/N’nidak 2026 : Bassar et Konkomba célèbrent l’igname, symbole d’identité à Guérin-Kouka
Les peuples Bassar et Konkomba ont renoué, samedi 5 septembre 2026 à Guérin-Kouka, dans la commune de Dankpen 1, avec leur patrimoine culturel à l’occasion de la 62e édition de leur fête traditionnelle D’pontre/N’nidak. Placée sous le thème « De la terre à l’assiette : l’igname, patrimoine vivant, levier de développement économique et de souveraineté alimentaire », la célébration a réuni autorités administratives et politiques, dignitaires traditionnels, cadres, populations et ressortissants des deux communautés autour d’un même symbole : l’igname.

Célébrée alternativement chaque année par le peuple Bassar et les communautés Konkomba de Dankpen, D’pontre/N’nidak se tient traditionnellement le premier samedi du mois de septembre. Au-delà de son caractère festif, cette manifestation constitue un important rendez-vous culturel destiné à préserver les traditions, à transmettre les valeurs ancestrales aux jeunes générations et à renforcer les liens historiques et sociaux entre les deux communautés.
Dans les langues bassar et konkomba, « D’pontre » et « N’nidak » renvoient à l’idée de goûter à une nouvelle chose, notamment la nouvelle igname. La fête marque ainsi le moment solennel de présentation et de dégustation des premières récoltes. Elle est également l’occasion pour les communautés de rendre grâce à Dieu et d’exprimer leur reconnaissance aux mânes des ancêtres pour les récoltes obtenues au terme du labeur agricole.
L’igname occupe, à cet égard, une place centrale dans l’identité culturelle des peuples Bassar et Konkomba. Elle est perçue comme le fruit du travail, mais aussi comme un symbole d’abondance, de paix, d’unité, de partage et de prospérité. Sa valorisation apparaît désormais comme un enjeu qui dépasse le cadre traditionnel pour toucher directement aux questions de développement local, de transformation agroalimentaire et de souveraineté alimentaire.

Représentant le Président du Conseil à cette célébration, le ministre de l’Éducation nationale, Mama Omorou, a relevé la portée à la fois culturelle, spirituelle et sociale de D’pontre/N’nidak. Selon lui, cette fête ne saurait être réduite à une simple célébration des prémices agricoles. Elle constitue un acte sacré qui contribue à renforcer l’unité entre les peuples Bassar et Konkomba et illustre la richesse de la diversité culturelle togolaise.
Le ministre a également établi un lien entre le thème de cette 62e édition et les orientations nationales en matière de promotion de la production, de la transformation et de la consommation des produits locaux. Il a notamment salué le savoir-faire ancestral des populations du Grand Bassar, particulièrement dans la production de l’igname, notamment la variété Labako, ainsi que dans la poterie et les différentes pratiques culturelles associées à la terre.
Pour Mama Omorou, la préservation de ces connaissances traditionnelles doit désormais aller de pair avec leur modernisation et leur valorisation économique. L’objectif est notamment de permettre aux savoir-faire locaux de contribuer davantage à la création de richesses et à l’amélioration des conditions de vie des populations.
De son côté, le président du comité d’organisation, Ougane N’Koumitcha, a insisté sur le potentiel économique de l’igname. Au-delà de sa valeur culturelle et alimentaire, ce tubercule constitue, selon lui, une véritable opportunité pour le développement des territoires. Il a ainsi plaidé pour une meilleure structuration de la filière, notamment à travers la transformation, la labellisation et l’ouverture de nouveaux débouchés commerciaux, y compris à l’exportation.
« De la houe du paysan à nos tables, l’igname porte en elle l’avenir de nos terroirs et la promesse d’une autonomie alimentaire pour notre pays », a-t-il déclaré, appelant à faire de cette production traditionnelle une véritable filière économique.

Cette orientation donne à la fête D’pontre/N’nidak une dimension nouvelle. Il s’agit désormais de préserver le patrimoine immatériel tout en faisant de l’agriculture et des produits du terroir des moteurs du développement économique local. La transformation de l’igname pourrait notamment favoriser la création d’emplois, l’accroissement des revenus des producteurs et l’accès à de nouveaux marchés.
La cérémonie officielle a également été marquée par la présence de la présidente du Parlement de la CEDEAO, Ibriahima Mémounatou, ainsi que de plusieurs personnalités et responsables locaux. Les différentes interventions ont convergé vers la nécessité de préserver les traditions, de renforcer la cohésion entre les communautés et de donner davantage de valeur aux productions locales.
Les prestations de danses folkloriques, mettant en lumière la richesse et la diversité du patrimoine culturel des deux peuples, ont clôturé la cérémonie officielle au stade municipal de Guérin-Kouka. Les festivités se sont ensuite poursuivies dans une ambiance populaire dans les différentes localités des préfectures de Bassar et de Dankpen.
À travers cette 62e édition, D’pontre/N’nidak aura ainsi confirmé sa vocation de rendez-vous culturel majeur, mais aussi de plateforme de réflexion sur l’avenir des terroirs. Entre préservation des traditions, promotion de l’agriculture locale et recherche d’une plus grande autonomie alimentaire, l’igname s’impose plus que jamais comme un patrimoine vivant et un potentiel levier de développement pour les communautés Bassar et Konkomba.
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