9ème édition du Forum mondial de l’eau ;«L’eau va se repositionner parmi les priorités pour la sécurité dans le monde»

Le Forum mondial de l’eau s’est ouvert ce 21 mars 2022 et ce jusqu’au 26 mars 2022 à Dakar. C’est le rendez-vous le plus important consacré à cette ressource. Il n’a lieu que tous les trois ans et se tient pour la première fois en Afrique subsaharienne. Créé en 1997 par le Conseil mondial de l’eau, lié aux grandes entreprises de ce secteur, il ne relève donc pas de l’ONU. 

L’initiative sur les défis liés à l’eau en Afrique de l’Ouest s’intéresse à la problématique de l’accès et de la gestion des ressources en eau. L’eau, en plus d’être une ressource vitale, est un élément stratégique pour la croissance des populations et le développement durable. L’eau peut être considérée à la fois comme un facteur et un marqueur des inégalités. En moyenne, un habitant du Sahel dispose de moins de 10 litres par jour, alors qu’un habitant de l’Europe consomme en moyenne près de 150 litres par jour et celui de l’Amérique du Nord, plus de 250 litres par jour.

Explications des enjeux avec Abdoulaye Sene, hydraulicien et secrétaire exécutif de l’évènement.

Q: La crise de l’eau va devenir plus aigue à mesure que le changement climatique augmente. Pourquoi la prise de conscience au niveau global tarde-t-elle autant ?

Abdoulaye Sene : Parce que, pendant longtemps, on a considéré cette ressource comme illimitée. On a vu jusqu’à quel niveau les consommations individuelles pouvaient être élevées. Dans certains pays, comme les Etats-Unis, la consommation par habitant peut dépasser les 500 litres par personne alors que la quantité moyenne jugée essentielle pour l’homme est de 50 litres par jour et par personne. Alors que la sécheresse frappe partout, de grands cours d’eaux sont en train de s’assécher et d’assoiffer de grandes villes

L’eau prend donc aujourd’hui une dimension extrêmement importante dans les préoccupations des pays. On s’est rendu compte qu’avec l’augmentation de la population, avec une ressource limitée et une demande croissante, on va immanquablement vers une situation conflictuelle, si on ne met pas en place une modalité et des mécanismes de gouvernance coopérative et solidaire. Avec l’augmentation du changement climatique, celle de la population et la nécessité d’augmenter la productivité de l’agriculture, principale consommatrice, l’eau va se repositionner parmi les premières priorités pour la paix et la sécurité dans le monde.

Cette 9e édition du Forum mondial de l’eau se veut un « Forum des réponses ». Mais d’abord, quels en seront les questions et les objectifs ?

Il s’agit de questionner l’importance de la sécurité de l’eau pour la sécurité des nations mais surtout pour le bien-être des populations.

Le forum va également aborder la question de l’eau pour le développement rural. L’agriculture constitue un enjeu extrêmement important, en Afrique en particulier. Dans les années 70 [et jusque dans les années 1990, NDLR], le Sahel a connu l’une des pires sécheresses, redoutable pour le cheptel africain et la sécurité alimentaire. L’eau est le meilleur révélateur du changement climatique et de ses conséquences, qui peuvent aussi se traduire aussi par des excès d’eau, avec des inondations momentanées.

Nous aborderons donc la manière dont nous devons donc sécuriser cette ressource. À travers le stockage – sur les cours d’eau, avec des barrages ou avec la récupération des eaux de pluie avec des programmes de citernes dans le monde rural – mais aussi d’adaptation de l’agriculture à travers des techniques d’irrigation économes en eau. Avec la raréfaction des ressources en eau, il arrive souvent que l’insuffisance des ouvrages hydrauliques soient source de conflit entre les éleveurs et les agriculteurs.

On reproche souvent au forum son manque de relais politique au niveau national et international pour que des mesures efficaces soient prises par des Etats. En attendant, les populations, elles, sont en attentes de solutions concrètes à leurs problèmes. Quelles réponses peuvent-elles attendre de ce rendez-vous ?

On l’a reproché aux éditions antérieures du forum. Mais il y aura, à celui de Dakar, un segment politique de très haut niveau avec des chefs d’Etat, des chefs des grandes institutions internationales, de financement notamment, qui seront présents pour lancer des initiatives concrètes pour l’action au service de l’accès à l’eau.

Les populations sénégalaises, africaines et du monde pourront donc, au sortir de ce forum, bénéficier de nouveaux programmes, de nouvelles initiatives, de nouveaux projets, qui leur permettront d’améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement, qui sont des droits humains, mais aussi à l’eau productive, pour l’élevage, pour l’agriculture.

Ce forum est organisé par le Conseil mondial de l’eau, qui est une émanation du secteur privé et des multinationales, et l’ONU n’est qu’un simple partenaire. Ce sujet capital de l’eau ne devrait-il pas être directement pris en charge par les Nations unies, comme c’est le cas, par exemple, pour le climat, la biodiversité et la désertification ?

Absolument, et c’est pourquoi le Sénégal entend faire du Forum une contribution majeure pour la préparation de la deuxième grande conférence mondiale [de l’ONU] sur l’eau, en 2023. La première avait eu lieu en 1977 à Mar del Plata. Cela traduit la volonté des Nations unies de reprendre en main cette question fondamentale, qui a aujourd’hui une dimension géopolitique particulière. C’est vrai que le Conseil mondial de l’eau a été à l’origine de ce forum. Mais il est aujourd’hui en train de s’ouvrir aux institutions publiques et académiques.

ourtant,  des acteurs de la société civile contestent la légitimité du Forum mondial de l’eau et craignent la privatisation de cette ressource. En marge de ce forum, il y aura, comme à chaque édition, un forum alternatif mondial de l’eau, mené des ONG, des écologistes, des scientifiques. Que répondez-vous à leurs inquiétudes ?

C’est un point de vue que j’entends, que je respecte, mais je voudrais souligner que le forum de Dakar sera inclusif. Nous aurons un dialogue multi-acteurs avec la société civile qui est largement représentée dans le cadre du processus du forum. Il est évident qu’il ne s’agit pas pour nous qui travaillons pour asseoir la réalité du droit humain à l’eau de parler de privatisation de l’eau. On peut parler de privatisation de services d’eau. Mais la question de l’eau reste essentiellement pour nous une question de patrimoine mondial, national. En aucune manière, il ne peut être question pour nous au Sénégal d’organiser un débat qui pourrait laisser entendre que l’on est en train de faire la promotion de la privatisation d’une denrée aussi irremplaçable, aussi essentielle, aussi vitale que l’eau. D’après ce que j’ai lu et entendu, ce forum risque de rejoindre le nôtre. Nous voulons un forum historique et un forum qui se traduise par des réponses, des engagements. Nous attendons plus d’un millier de participants, toutes catégories confondues.

Le Forum mondial de l’eau est une marque détenue par ce Conseil et les pays qui l’hébergent à tour de rôle doivent payer des droits d’utilisation. Comment le forum de Dakar est-il financé et quelles sont les retombées économiques attendues par l’Etat sénégalais ?

Oui, le Sénégal a versé des droits d’utilisation. Il a aussi recueilli des compensations mais surtout des appuis. Il y a modalités de participation qui vont de la gratuité pour ceux qui ont les moyens les plus limités (les jeunes, les ruraux, la société civile) à des contributions facilitées pour les pays non OCDE et les délégations. L’État du Sénégal a pu compter sur la mobilisation de ses partenaires institutionnels.

Nous avons également mis en place un dispositif de sponsoring pour permettre aux différents acteurs de contribuer. Il  y aura aussi, comme cela s’est toujours fait dans ce genre d’événements, des inscriptions et une exposition. Tout cela va générer des ressources qui permettront de couvrir l’organisation de ce forum.

Un forum pour apporter des réponses concrètes, quotidiennes, aux populations qui en demandent. Il y a des solutions qui existent, elles ne sont pas toujours appliquées sur le terrain. L’eau est un sujet éminemment politique.

La desserte en eau potable au Togo,des efforts constants du gouvernement

Tripler la production d’eau potable pour resoudre définitivement et durablement le problème de desserte en eau potable: le Gouvernement en ordre de bataille à Kara.

L’eau est une ressource naturelle qui nécessite des stratégies et moult efforts pour la rendre propre, accessible et abondante. A 410 km de Lomé, au nord du Togo, dans la région de la Kara, précisément dans la ville, certains habitants ont fait part de la difficulté d’avoir accès à l’eau. Qu’est-ce qui explique cette situation ? L’exécutif togolais est-il insensible ou indifférent ? Que fait-il pour pour faire couler l’eau à flot ? Togo Matin a fait le déplacement de Kara du mercredi 16 au vendredi 18 mars 2022 pour trouver des réponses à ces interrogations qui taraude l’esprit de plus d’un.

Problème d’eau à Kara ? les raisons

Le problème de desserte en eau potable dans certaines localités de la ville de Kara est une réalité. Contrairement aux conceptions qui soutiennent une négligence, il y a plutôt des raisons technique, démographique et naturelle qui expliquent cette relation « Dire qu’il n’y a pas d’eau à Kara, c’est exagéré. Nous avons des points où il y a des difficultés car la consommation en amont est plus importante compte tenu de la période dans laquelle nous sommes. Il s’agit de la période chaude où la demande est forte. Donc les points les plus hauts où l’eau doit avoir une force pour y arriver, fait que la pression diminue avec la consommation. Si non, tous les points bas ont de l’eau à Kara. Par ailleurs, la difficulté est également liée à la saison notamment entre février et avril où il y a manque de pluie », nous a expliqué Tchani-Atana Noto-Kadou-Kaza, directeur production exploitation Nord de la Société togolaise des eaux (TdE).

La ville de Kara n’est pas délaissée par l’exécutif togolais, en témoignent les projets réalisés et ceux en cours de réalisation constatables sur le terrain. Le gouvernement togolais, à travers le collaboration avec des partenar, met le paquet pour réaliser des projets de fourniture d’eau potable afin d’augmenter le taux de desserte en eau potable environnant actuellement plus de 60% à Kara, selon Tchani-Atana Noto-Kadou-Kaza.

Barrage de la Kozah, passer de 9000 à 18000 m³ d’eau par jour

Plusieurs projets prennent en compte le chef-lieu et l’ensemble des préfectures de la région de Kara. Dans le cadre du Projet Eau et Assainissement au Togo phase 2 (PEAT2), avec l’appui financier de l’Union européenne, une nouvelle chaîne de traitement se réalise au barrage de la Kozah. Il s’agit du dédoublement de la station, la réhabilitation de l’unité de traitement dudit barrage.

En effet, le barrage de la Kozah, construit en 1978 est celui qui dessert la ville de Kara,  les préfectures de la Kozah, de la Binah et de Doufelgou en eau potable. « Avec ce chantier, on résoud en grande partie ce problème d’eau », rassure le directeur production exploitation Nord de la TdE. « La capacité de la production sera doublée. Nous sommes actuellement à 9000 m³ par jour. Avec le dédoublement, on passera à 18000 m³ par jour. Ainsi, on aura à couvrir les demandes. Outre la construction d’une unité de renforcement, il est également à réhabiliter le barrage notamment le curage pour la prise de l’eau, le changement des vannes, l’installation des pluviomètres, etc.

Tripler la production d’eau potable à Kara: Captage d’eau à la cascade  de Sara à Bafilo pour 10000 m³ d’eau par jour

Il s’agit du projet d’alimentation en eau potable de la ville de Kara à partir des sources de captage de Bafilo. Dans le cadre de la mise en œuvre de la politique nationale en matière d’accès à l’eau potable pour tous, le gouvernement togolais a signé avec le Fonds Koweitien pour le Développement Economique Arabe (FKDEA) un accord de prêt pour le financement du Projet AEP Kara d’une valeur d’environ 12 milliards de FCFA pour 5 ans de travaux, afin de résoudre le déficit en eau potable de la ville de Kara et des environs par la construction de nouvelles installations de production, transport, de stockage et de distribution.

En effet, la ville de Kara est alimentée en eau potable à partir d’un barrage en rivière d’une capacité de 6 000 000 m³. Le système d’alimentation en eau date de près de 40 ans. Les installations de production et de traitement nécessitent des travaux de réhabilitation. Le réseau de distribution est étendu et dessert en plus de la Ville de Kara, la ville de Pagouda et ses environs, Niamtougou et ses environs soit un rayon action estimé à près de 50 km. Ce système d’AEP est arrivé à saturation et n’est plus en mesure d’assurer la desserte convenable en eau potable de la ville de Kara et ses périphéries en pleine croissance démographique.

Les travaux consistent à la construction d’une nouvelle unité de traitement de l’eau potable (UTEP) à Bafilo d’une capacité nominale de 10000 m³/jour ; la construction d’adduction d’eau brute sur 4,7 km du captage à l’UTEP ; la réalisation des installations de transport et de traitement notamment : construction d’une canalisation de transport d’une longueur de 26 km de la nouvelle  station de traitement de Bafilo qui connecte le réservoir au Sud de Kara ; construction d’ un réservoir d’une capacité de 5 000 m3 au Sud de Kara ; construction d’ Un réseau de distribution de 25 Km Sud de Kara (DN 75 et 250 mm) ; construction d’ un réseau de distribution de 50Km (DN 75 et 250 mm) pour les localités situées le long du trajet Bafilo-Kara environnantes (Awandjélo, Atchangbadè, Bouladè, Soumbou, etc…) ; réalisation de  100 branchements privés domestiques ; construction de 20 bornes fontaines.

L’une des sources de captage est la rivière Yôlô, située dans les montagnes dans la préfecture d’Assoli 2 où il a fallu une heure de marche pour accéder au site. Financé par le fonds koweïtien pour une production de 10000 m³ d’eau par jour, le projet est à la phase étude qui consiste à déterminer les sources de captage, de faire les plans d’exécution des captages à partir desquels il sera étudiée la conduite d’adduction d’eau brute (eau non traitée) des montagnes vers la station existante de traitement de l’eau de Bafilo où il sera construite une nouvelle station pour la ville de Kara. Après cela, on pose une conduite d’eau jusqu’à l’entrée Sud de Kara. Selon Hamissou Soulemana Djibril, chef du projet AEP Kara à partir de Bafilo « Ce projet est parallèle à celui du barrage de la Kozah. Au terme du projet avec celui du barrage, la capacité de production de l’eau à Kara sera triplée ».

Des forages équipés de pompe à motricité humaine (FPMH)

Le jeudi 17 mars 2022, nous avons visités des forages réalisés, dans le cadre des projets d’urgences, par la Brigade Mobile (BM) dans la region de la Kara (1 à Kouméa et 2 à Tcharè), équipés de pompe à motricité humaine sous la supervision de Kossi Yabo, directeur regional de l’eau et de l’hydraulique villageoise de ladite région.

Partout ailleurs, l’installation de ces pompes débitant de l’eau potable a été un moment de satisfaction générale. A Kouméa par exemple, la pose de la pompe et le jaillissement de l’eau ont explosé l’immense joie de la population de Sondè comme en témoigne la declaration suivante d’une beneficiaries: “L’eau que nous prenions par le passé est non potable. Aujourd’hui nous sommes très contents parcequ’on a pensé à nous en nous dotant de cet ouvrage important qui va nous mettre à l’abri des maladies d’origine hydrique. Nous promettons en prendre scrupuleusement soin.

En termes d’espoir, le directeur regional declare que les trois installations ne sont que le début de 11 forages à éminemment équiper et rassure par la même occasion la population de la region de la Kara que pour l’année 2022 une centaine d’urgences en eau potable a été identifiée et que les autorités comptent fermement y répondre.

Dans le cadre de PASSCO2, les activités, malgré un léger retard continue par se dérouler dans la region avec 180 forages réalisés avec 138 positifs sur les 200 à réaliser et 64 soufflés avec essais de pompage puis analyses sur 100 à réhabiliter.

Le projet BID/UEMOA d’hydraulique et d’assainissement en milieu rural au Togo a réalisé 36 forages équipés de pompes à motricité humaine et 11 mini-adductions d’eau potable dans les centres semi-urbains dont il ne reste que les châteaux d’eau à construire ainsi que  les équipements et les raccordements à installer.

Kara, de nombreux projets d’approvisionnement en eau potable

D’autres projets sont également mis en œuvre pour abreuver les populations de Kara. Il y a des travaux en régie réalisés par la SP-EAU et la TdE. Il s’agit de 12, 22 km de réseau d’adduction et de distribution dans la ville de Kara, le positionnent des ouvrages hydrologiques ponctuels, les branchements promotionnels à coût réduit, la construction des bornes fontaines, etc.

A travers le Programme d’appui aux populations vulnérables (PAPV), financé par le gouvernement togolais, il s’agit dans la région de la Kara, de 08 châteaux d’eau modulaires situées 08 différentes localités : au Général Ameyi à (Kara) d’une capacité de 50 m³; à Kemerida (Ketao) d’une capacité de 200 m³; à la Basse chasse (Niamtougou) d’une capacité de 100 m³; à Koka (Niamtougou) d’une capacité de 200 m³.

Les châteaux d’eau modulaires se trouvent également à Défalé (Niamtougou) d’une capacité de 200 m³; à Kantè d’une capacité de 100 m³ avec une procédure d’alimentation en énergie électrique; à Bassar d’une capacité de 300 m³ et à Guérin-Kouka d’une capacité de 200 m³.

« Les ouvrages se réalisent pour mieux satisfaire nos besoins en eau potable»

La populations sent la main du gouvernement. « Nous constatons que les autorités togolaises ne nous ont pas laissé. Les ouvrages se réalisent par ici et par là pour mieux satisfaire nos besoins en eau et nous sommes dans l’impatience pour en profiter et en prendre grand soin », nous a confié en tout optimisme, Gédéon Alouki, un habitant à Kara.

La mission assignée au ministère togolais de l’Eau et de l’Hydraulique villageoise, couronnée par le ministre Bolidja Tiem, conformément à la feuille de route gouvernementale 2020-2025 portée par le président Faure Gnassingbé, est d’atteindre 95 %  d’accès à l’eau potable en milieu rural, 85 % en milieu semi urbain, 75 % en milieu urbain hors Lomé et 80% soit un taux de desserte national de 85%. La région de la Kara est garnie de réalisations et de projet d’approvisionnement en eau potable, tout comme les autres régions du Togo.

Réalisé par Attipoe Edem Kodjo

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