Le Ciel unique africain passe aux actes à Lomé

Dernières nouvelles

Le Ciel unique africain passe aux actes à Lomé

Lomé accueille cette semaine la première Convention africaine du transport aérien. Ministres, patrons de compagnies et experts en infrastructure s’y retrouvent non pour célébrer une vision, mais pour en forcer l’exécution. Le Marché unique du transport aérien africain (SAATM), lancé en 2018 par l’Union africaine, sort enfin du registre des bonnes intentions pour entrer dans celui des échéances et des responsabilités.

Le paradoxe africain est saisissant. Le continent connaît une croissance démographique fulgurante et dispose d’une jeunesse économique redoutable. Pourtant, ses liaisons aériennes internes restent fragmentées et hors de prix. Un voyageur au départ de Dakar trouvera souvent plus de vols directs vers l’Europe que vers Lagos ou Abidjan. Ce qui relevait autrefois d’une simple anomalie administrative est devenu un frein réel au commerce, au tourisme et à la mobilité des talents à travers le continent.

Un chantier qui piétine depuis huit ans

Le SAATM vise à libéraliser les ciels africains, à réduire les coûts et à multiplier les liaisons directes. Mais depuis son lancement, le projet avance au ralenti. Les États hésitent à ouvrir leurs espaces aériens, craignant pour la survie de leurs compagnies nationales. Les taxes restent dissuasives, les infrastructures aéroportuaires inégales, et surtout, aucune feuille de route concrète n’a jamais transformé les principes en actes.

La Convention de Lomé entend changer cela.

Un plateau de décideurs de premier rang

Adefunke Adeyemi, Secrétaire générale de la Commission africaine de l’aviation civile (CAFAC), désignée agence d’exécution du SAATM par l’Union africaine, préside les débats. Sa mission : convertir les intentions en engagements mesurables.

Trois ministres lui donnent du poids politique. Le Togolais Comla Kadjé représente le pays hôte, qui joue ici une carte diplomatique importante. Le Nigérian Festus Keyamo porte la voix du géant ouest-africain dont les réformes conditionnent en grande partie l’avenir du secteur. L’Égyptien Abdessamad Kayouh incarne quant à lui la puissance régionale du nord et son rôle de carrefour aérien stratégique.

Du côté du secteur privé, Esayas Woldemariam Hailu, PDG d’ASKY Airlines, et Aaron Munetsi, PDG de l’Association des compagnies aériennes africaines (AASA), apporteront les témoignages du terrain : coûts réels, tarifs, viabilité économique. Pas de discours, des chiffres. Robert Lisinge, de la Commission économique pour l’Afrique, posera quant à lui la question des infrastructures — aéroports, navigation aérienne, corridors cargo — sans lesquelles aucune libéralisation ne tient. Edward Boyo, ambassadeur du SAATM pour l’Afrique de l’Ouest, devra expliquer pourquoi les pays de la zone pilote — Côte d’Ivoire, Sénégal, Ghana, Nigeria, Togo — n’ont toujours pas levé les barrières que le marché unique exige. Et Abderahmane Berthe, Secrétaire général de l’AFRAA, apportera la mémoire collective d’un secteur qui connaît tous les obstacles par leur nom.

Trois questions sans réponses faciles

Les échanges s’articuleront autour de trois enjeux fondamentaux.

La viabilité des compagnies africaines d’abord. Plusieurs opèrent avec des marges de 2 à 3 %, là où les grands carriers internationaux atteignent 7 à 8 %. Ouvrir la concurrence sans garde-fous risque d’achever les plus fragiles. Le panel devra trouver un équilibre entre ouverture et protection.

Le financement des infrastructures ensuite. Des milliards d’investissements sont nécessaires pour moderniser les aéroports et créer de véritables hubs continentaux. AFRAA, Banque mondiale, secteur privé, ZLECAf : qui finance quoi, et selon quel calendrier ?

Les résistances politiques enfin. Nombreux sont les gouvernements qui ont signé le SAATM mais tardent à l’appliquer, invoquant la souveraineté sur leur espace aérien. Ce sentiment doit être adressé frontalement, pas contourné.

L’enjeu dépasse l’aviation

Si le SAATM aboutit, ses effets dépassent largement le secteur aérien. Les routes directes se multiplient, les tarifs baissent, les classes moyennes se déplacent, les investissements transfrontaliers s’accélèrent, le tourisme s’éveille. C’est une infrastructure d’intégration continentale, invisible mais décisive.

La Session 1 de la Convention ne réglera pas tout. Mais devant plus de 500 participants, elle tranchera une question simple : le SAATM reste-t-il une belle déclaration d’intention, ou devient-il enfin une réforme dotée d’un calendrier, de mécanismes de contrôle et de responsables qui rendent des comptes ? L’Afrique a assez rêvé son ciel unique. Il est temps de le construire.

Ing Ilyame OURO-LOWAN

Laisser un commentaire

SPORT