Économie de plateformes : les centrales syndicales togolaises plaident pour un numérique créateur d’emplois et protecteur des travailleurs

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Économie de plateformes : les centrales syndicales togolaises plaident pour un numérique créateur d’emplois et protecteur des travailleurs

Les transformations liées au numérique redessinent progressivement les contours du monde du travail. Au Togo, les centrales syndicales entendent mieux anticiper ces mutations afin de défendre les droits des travailleurs tout en tirant parti des nouvelles opportunités offertes par l’économie de plateformes.

C’est dans cette perspective qu’un atelier de renforcement des capacités consacré à l’économie de plateformes s’est ouvert au Togo. La rencontre vise à outiller les organisations syndicales sur les nouvelles formes de travail nées du développement des technologies numériques et à renforcer leur capacité à prendre part aux réflexions sur l’avenir du travail.

À travers cette initiative, les participants entendent réfléchir aux moyens de faire du numérique un véritable levier de création d’emplois, d’entrepreneuriat et de développement économique, tout en veillant à ce que cette transformation ne se fasse pas au détriment de la dignité et des droits fondamentaux des travailleurs.

Prenant la parole au nom des centrales syndicales du Togo, Djobo Bougonou, secrétaire général de la Confédération générale des cadres du Togo (CGCT) et porte-parole en exercice des centrales syndicales, a appelé à une démarche concertée permettant d’anticiper les profondes transformations du marché du travail.

Un secteur porteur d’opportunités pour les jeunes

Dans son discours d’ouverture, Djobo Bougonou a souligné que le développement des applications mobiles et des plateformes numériques modifie en profondeur les modes de production, de distribution et de consommation.

Livraison à domicile, transport, services à la demande, travail indépendant en ligne, micro-prestations numériques ou encore commerce électronique constituent désormais de nouvelles sources d’activités et de revenus.

Cette économie émergente offre notamment aux jeunes de nouvelles possibilités d’accès au marché du travail et peut favoriser l’auto-emploi ainsi que l’entrepreneuriat. Elle permet également à certaines catégories de travailleurs d’accéder à des activités avec davantage de souplesse.

Mais derrière ces opportunités se profilent également de nouveaux défis sociaux.

Des travailleurs exposés à de nouvelles vulnérabilités

Les conditions de travail sur les plateformes numériques soulèvent en effet plusieurs préoccupations. Parmi celles-ci figurent l’instabilité des revenus, l’insuffisance de la protection sociale, l’irrégularité des horaires, les risques d’accidents du travail et la faiblesse de la représentation collective.

À ces difficultés s’ajoutent les enjeux liés aux systèmes de notation et aux algorithmes utilisés par certaines plateformes. Ces mécanismes peuvent influencer l’accès aux missions, la rémunération ou encore la visibilité des travailleurs, alors même que leur fonctionnement demeure parfois difficile à comprendre pour les personnes concernées.

La question du statut professionnel constitue également une préoccupation majeure. Entre salarié, travailleur indépendant, prestataire ou autoentrepreneur, la situation de certains travailleurs des plateformes demeure difficile à appréhender dans les cadres traditionnels du droit du travail.

Pour un cadre adapté aux nouvelles réalités du travail

Face à ces mutations, les organisations syndicales ne souhaitent pas se positionner contre le progrès technologique. Elles entendent plutôt contribuer à la construction d’un environnement dans lequel innovation économique et progrès social peuvent évoluer de concert.

Djobo Bougonou a ainsi plaidé pour un cadre permettant de concilier innovation, compétitivité, création d’emplois et protection des travailleurs.

Les réflexions devront notamment porter sur le statut juridique des travailleurs des plateformes, l’accès à la protection sociale, la santé et la sécurité au travail, la prévention des accidents, la rémunération décente, le temps de travail, ainsi que le droit à l’organisation et à la négociation collective.

Le renforcement des compétences numériques apparaît également comme une priorité. Pour les centrales syndicales, les travailleurs doivent être en mesure non seulement d’utiliser les plateformes, mais également d’en comprendre les mécanismes afin de mieux défendre leurs intérêts et de saisir les opportunités qu’offre l’économie numérique.

« Ne pas subir la transformation numérique »

L’atelier constitue ainsi un cadre de réflexion sur la capacité des organisations syndicales à accompagner les mutations technologiques et à participer aux débats sur l’avenir du travail.

Le porte-parole des centrales syndicales a appelé à un dialogue renforcé entre l’État, les organisations d’employeurs, les syndicats, les travailleurs des plateformes, les acteurs du numérique et les partenaires au développement.

L’objectif est de parvenir à des réponses adaptées aux réalités du marché du travail togolais et aux évolutions de l’économie numérique.

« Notre ambition doit être claire : ne pas subir la transformation numérique, mais participer activement à sa construction », a-t-il insisté, estimant que l’innovation ne doit pas devenir synonyme de précarisation et que la flexibilité ne saurait signifier l’absence de droits.

Le travail décent comme boussole

À travers cette initiative, les centrales syndicales togolaises réaffirment leur volonté de contribuer à la construction d’un monde du travail capable de s’adapter aux mutations technologiques sans renoncer aux principes de justice sociale, de travail décent, de dialogue social et de protection des travailleurs.

Les travaux de l’atelier devront notamment permettre aux participants de mieux cerner les réalités de l’économie de plateformes et de dégager des propositions susceptibles de favoriser l’émergence d’un modèle numérique plus inclusif, équitable et créateur d’opportunités, dans lequel le progrès technologique bénéficie aussi aux travailleurs.

Dodji KETOHOU

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