Agriculture durable : l’agroécologie et l’innovation technologique appelées à conjuguer leurs forces
L’agroécologie et les innovations technologiques ne sont pas nécessairement opposées. Bien pensées et adaptées aux réalités des producteurs, elles peuvent au contraire se compléter pour favoriser des systèmes agricoles plus durables, résilients et performants. C’est l’une des principales conclusions de la communication présentée par Dr Charles Essodina Kolou, expert en changement climatique et développement durable, lors de l’atelier régional de formation des journalistes tenu les 26 et 27 août à Lomé autour du thème : « L’agroécologie face aux innovations technologiques dans le secteur agricole ».

Au cours de cette rencontre, l’expert a présenté l’agroécologie comme une approche globale des systèmes alimentaires, à la fois fondée sur des connaissances scientifiques et sur des pratiques adaptées aux contextes locaux. Elle prend en compte les dimensions écologiques, socioculturelles, technologiques, économiques et politiques de la production alimentaire.
Selon Dr Kolou, cette approche cherche notamment à améliorer les interactions entre les plantes, les animaux, les êtres humains et leur environnement, tout en favorisant des systèmes alimentaires à la fois durables et socialement équitables.
Des principes au service de la résilience agricole
L’agroécologie repose sur plusieurs principes, parmi lesquels la co-création des connaissances, la participation des producteurs, la valorisation des savoirs locaux, la santé des sols, la biodiversité, l’équité, le recyclage, la diversification économique ainsi que la gouvernance durable des terres et des ressources naturelles.
Ces principes permettent, selon le consultant, de renforcer la résilience des exploitations agricoles et de mieux les adapter aux contraintes environnementales et climatiques.
Sur le terrain, cette approche se traduit notamment par des pratiques telles que le paillage, le compostage, la rotation et l’association des cultures, l’agroforesterie ou encore l’utilisation de biopesticides. Ces techniques contribuent à préserver l’humidité et la fertilité des sols, à réduire l’érosion et à favoriser la biodiversité au sein des exploitations.
Le numérique au service des producteurs
À côté de ces pratiques, les innovations technologiques ouvrent de nouvelles possibilités pour répondre à certaines difficultés auxquelles les producteurs sont confrontés.
Les applications agricoles, les prévisions météorologiques numériques, les drones, la télédétection, les capteurs d’humidité, l’intelligence artificielle, l’irrigation goutte-à-goutte, le pompage solaire, les biofertilisants et les équipements modernes de transformation figurent parmi les solutions susceptibles d’améliorer les performances des exploitations.
Pour Dr Charles Kolou, l’enjeu n’est donc pas de choisir entre agroécologie et technologie, mais de trouver des solutions technologiques adaptées et accessibles, capables de renforcer les pratiques agroécologiques sans les dénaturer.
Un capteur peut, par exemple, mesurer l’humidité du sol et permettre une utilisation plus rationnelle de l’eau. Une application météorologique peut aider le producteur à mieux déterminer les périodes de semis, tandis que les drones et les satellites peuvent contribuer à détecter rapidement les zones de stress des cultures.

Attention aux technologies qui créent de nouvelles dépendances
L’expert appelle cependant à une certaine prudence face à l’enthousiasme suscité par les nouvelles technologies. Une innovation, aussi sophistiquée soit-elle, n’est pas automatiquement synonyme de progrès agricole.
Certaines solutions peuvent en effet entraîner de nouvelles formes de dépendance lorsqu’elles nécessitent des équipements coûteux, des logiciels propriétaires, des données ou des services difficiles d’accès pour les petits producteurs.
L’enjeu réside donc moins dans le degré de sophistication d’une technologie que dans sa pertinence, son accessibilité, son appropriation par les utilisateurs et ses effets réels sur les systèmes de production.
« Une innovation ne constitue un véritable atout que si elle répond à un problème concret, reste accessible aux producteurs et contribue à une meilleure gestion des ressources sans remettre en cause les principes des pratiques agroécologiques », a souligné Dr Kolou.
Chercheur rattaché au Laboratoire de recherche sur les espaces, les échanges et la sécurité humaine (LaREESH) de l’Université de Lomé, il estime ainsi que les choix technologiques doivent être guidés par les besoins réels des exploitations et par les objectifs de durabilité.
Les journalistes appelés à exercer leur rôle de vigie
Dans cette transition vers une agriculture plus durable, les médias ont également un rôle déterminant à jouer. Dr Charles Kolou invite les journalistes à dépasser la simple présentation des innovations pour s’intéresser à leur utilité concrète et à leurs impacts.
Ils sont notamment appelés à s’interroger sur les problèmes auxquels répond une innovation, son coût, ses bénéficiaires, son impact environnemental, son niveau d’accessibilité et les éventuels risques d’exclusion.
Le travail journalistique devrait également confronter les promesses technologiques aux expériences des agriculteurs et aux données scientifiques disponibles afin de permettre au public de distinguer les innovations réellement pertinentes des solutions dont l’efficacité reste à démontrer.
Une telle approche contribuerait à mieux faire connaître les initiatives susceptibles d’accompagner la transition vers des systèmes agricoles plus durables, résilients, accessibles et adaptés aux réalités des producteurs.
Au-delà du débat entre tradition et modernité, l’enjeu apparaît donc clairement : mettre la technologie au service de l’agroécologie et non l’inverse, afin que l’innovation constitue un véritable outil de durabilité et de progrès pour les exploitations agricoles.
ADAMS




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