Autoroute Abidjan-Lagos : le Togo plaide pour une mutualisation des coûts et une solidarité financière
Le projet d’autoroute du corridor Abidjan-Lagos était au centre d’une réunion du comité de pilotage tenue le 30 octobre 2026 à Lomé. À cette occasion, le Togo, représenté par le ministre délégué chargé des Travaux publics et des Infrastructures, Sani Yaya, a présenté plusieurs propositions visant à accélérer la réalisation de cette infrastructure régionale. Réduction du coût global, mutualisation des charges foncières et mécanisme de solidarité financière entre les cinq pays figurent parmi les principales pistes défendues par Lomé.

En présence des représentants de la CEDEAO, de la Banque africaine de développement (BAD), de l’Autorité de gestion du corridor Abidjan-Lagos (ALCoMA) et des délégations des États concernés, les discussions ont notamment porté sur l’optimisation du financement et les conditions pratiques de mise en œuvre du projet.
Sani Yaya s’est félicité de la révision à la baisse du coût estimatif de l’infrastructure, initialement évalué à 15 milliards de dollars. Selon les scénarios de structuration examinés, ce montant pourrait être ramené à 13 milliards, voire à 10 milliards de dollars. Le ministre a toutefois encouragé les experts et les partenaires financiers à poursuivre les efforts d’optimisation afin de réduire davantage les dépenses.
Il a également insisté sur l’accélération de l’opérationnalisation de l’ALCoMA, appelée à assurer la coordination du développement et de la gestion du corridor. Bien que son conseil d’administration soit déjà constitué, il reste nécessaire de mettre en place les autres organes, notamment à travers le recrutement du directeur général et des responsables techniques.
Autre enjeu majeur : la libération des emprises foncières nécessaires aux travaux. Sur ce point, le Togo préconise une démarche coordonnée à l’échelle régionale, sous la conduite de l’ALCoMA et avec l’accompagnement des partenaires financiers. L’objectif est de mutualiser les charges liées aux expropriations, aux indemnisations et à la libération des terrains, afin d’éviter que les lenteurs administratives dans un pays ne retardent l’ensemble du chantier.
Le ministre a par ailleurs exprimé des réserves sur une réalisation par phases qui pourrait compromettre la continuité du corridor. Pour lui, le séquençage des travaux ne doit pas remettre en cause la vision globale de l’autoroute. Il a également plaidé pour une meilleure articulation entre l’infrastructure communautaire et les projets routiers nationaux.
Sur le plan financier, Sani Yaya a proposé la mise en place d’un mécanisme commun de péréquation destiné à assurer une répartition équitable des recettes entre les cinq États. Cette proposition tient compte des différences possibles de rentabilité entre les tronçons. Certaines sections pourraient en effet bénéficier d’un trafic plus important et générer davantage de recettes que d’autres.
Le Togo suggère ainsi la création d’une caisse commune alimentée notamment par les revenus des péages, afin de redistribuer les ressources au profit des sections moins rentables. Il recommande également que les études de trafic prennent en considération aussi bien les déplacements sur l’ensemble du corridor que les flux entre les villes et capitales intermédiaires. Une approche qui permettrait de mieux apprécier le potentiel économique de chaque tronçon.
Longue d’environ 1 028 kilomètres, l’autoroute Abidjan-Lagos doit relier la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria. Prévue sur six voies, cette infrastructure transnationale constitue un projet majeur d’intégration sous-régionale. Elle ambitionne de faciliter la circulation des personnes et des marchandises, de renforcer les échanges commerciaux et de réduire les coûts de transport en Afrique de l’Ouest.
À travers ses propositions, le Togo met l’accent sur une approche communautaire de la réalisation et de la gestion de cette infrastructure, fondée sur la coordination des investissements, le partage des charges et la solidarité financière entre les cinq pays.
Ing Ilyame OURO-LOWAN





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