Assurance en Afrique : la FANAF veut mettre fin à l’assurance à crédit et renforcer l’application de l’article 13 du Code CIMA
Lomé accueille, depuis le lundi 2 novembre 2026, le 12ᵉ Forum des Marchés de la Zone FANAF. Pendant deux jours, les acteurs du secteur africain des assurances se penchent sur l’application effective de l’article 13 du Code CIMA, qui consacre le principe du paiement préalable de la prime comme condition à la prise d’effet de la garantie. Quinze ans après l’adoption de cette disposition, l’enjeu est de mettre un terme aux pratiques de l’assurance à crédit et de restaurer la discipline financière au sein des compagnies.
Placée sous l’égide de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF), cette rencontre réunit à Lomé des dirigeants de compagnies d’assurances et de réassurances, des experts actuariels, des responsables du secteur et des délégués de haut niveau. L’Association Professionnelle des Sociétés d’Assurance du Togo (APSAT) assure l’organisation de ce rendez-vous autour du thème : « Pas de prime, pas de garantie : Quinze ans après, reprendre la main sur l’article 13 du Code CIMA ».
Le choix de ce thème renvoie à une réforme majeure adoptée le 11 avril 2011 à N’Djamena, au Tchad, par le Conseil des ministres en charge des assurances. À travers le Règlement n°001/CIMA/PCMA, le régulateur communautaire avait consacré le paiement préalable de la prime comme condition indispensable à la prise d’effet de la garantie. Une disposition destinée à mettre fin à l’assurance à crédit, assainir les finances des compagnies et renforcer leur capacité à indemniser les assurés.
Quinze ans après, le bilan suscite cependant des interrogations. Des créances parfois difficiles, voire impossibles à recouvrer, continuent de peser sur les actifs de certaines compagnies. Une situation qui fragilise leur trésorerie, menace leurs marges de solvabilité et compromet leur capacité à honorer leurs engagements envers les assurés.
Pour le président de l’APSAT, André Azibli, cette situation traduit un décalage entre les exigences réglementaires et certaines pratiques du marché. Il estime nécessaire de réaffirmer le principe du paiement préalable et de mettre en place des mécanismes permettant d’en suivre rigoureusement l’application.

« Derrière cette formulation se trouve une question fondamentale pour l’avenir de notre industrie : pouvons-nous durablement prétendre bâtir des marchés d’assurances solides lorsque les engagements pris envers les assurés ne reposent pas toujours sur une contrepartie financière effectivement acquittée ? », s’est-il interrogé.
Il appelle ainsi les professionnels à faire preuve de courage, de lucidité et de responsabilité pour corriger les insuffisances constatées. Pour lui, il ne s’agit pas simplement de rappeler une disposition réglementaire, mais de remettre en question les pratiques et de renforcer la discipline collective au sein du secteur.

Durant les deux jours de travaux, les participants examinent notamment les facteurs à l’origine de l’érosion financière des compagnies d’assurances en Afrique. Une attention particulière est accordée au traitement des risques de l’État et de ses démembrements, afin de garantir leur prise en charge dans le respect des exigences de l’article 13 du Code CIMA.
Les échanges portent également sur les relations entre assureurs et intermédiaires. À cet effet, l’APSAT entend associer ces derniers à la réflexion à travers un projet de charte contraignante visant à améliorer les pratiques, notamment en matière d’encaissement et de reversement des primes.
Cette démarche bénéficie du soutien des autorités togolaises. Représentant le gouvernement, le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances, Jean-Marie Koffi Ewonoulé Tessi, a insisté sur les risques que représente l’assurance à crédit pour l’ensemble de l’écosystème financier africain.
« L’assureur intègre qui applique la loi ne doit plus être pénalisé au profit de celui qui s’en affranchit », a-t-il affirmé. Il a également plaidé pour davantage de transparence dans l’encaissement et le reversement des primes, en encourageant le recours aux outils numériques et aux solutions de paiement mobile.
Au terme de ce 12ᵉ Forum des Marchés de la Zone FANAF, deux documents sont particulièrement attendus : une feuille d’engagement et un projet de mémorandum de coopération entre la FANAF et la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA). Ces instruments devraient permettre de traduire les résolutions de Lomé en actions concrètes et de renforcer l’autodiscipline des acteurs du marché africain des assurances.
L’ambition est claire : faire du respect du principe « pas de prime, pas de garantie » une réalité dans les pratiques professionnelles, afin de consolider la crédibilité du secteur et de mieux protéger les assurés.
BOBI Yao





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