Santé, stigmatisation religieuse ; Entre pratiques à risque et intolérance religieuse, Mama Hoedossi Bedi dénonce les dérives et appelle à la responsabilité
Au Togo, la voix de l’harmonie interreligieuse continue de se faire entendre avec force. Figure respectée du dialogue entre les confessions et gardienne assumée des valeurs de paix et de cohésion sociale, Mama Hoedossi Bedi a pris la parole pour dénoncer certaines dérives observées aussi bien dans les milieux traditionnalistes que religieux, tout en lançant un appel solennel à la responsabilité collective.

Au cœur de son message : la protection de la vie humaine, qu’elle place au-dessus de toute considération spirituelle ou religieuse. Revenant sur les pratiques de certains prêtres vodou et de certains spiritualistes, elle a tenu à rappeler un principe qu’elle juge fondamental : lorsqu’un malade est confié à un praticien traditionnel, le premier réflexe doit être de l’orienter vers une structure hospitalière afin que son état de santé soit évalué par des professionnels de santé.
Selon elle, garder un patient sans connaître précisément la pathologie dont il souffre constitue une prise de risque aux conséquences parfois dramatiques. Plusieurs décès, a-t-elle regretté, trouvent leur origine dans cette confusion entre prise en charge médicale et accompagnement spirituel.
« Lorsqu’une personne tombe malade, il faut d’abord s’assurer de son état de santé à l’hôpital. C’est seulement lorsque la maladie est reconnue comme relevant du spirituel que les pratiques traditionnelles peuvent intervenir », a-t-elle martelé.
À travers cette mise au point, Mama Hoedossi Bedi invite les prêtres vodou, dignitaires traditionnels et spiritualistes à agir avec discernement, dans le respect de la vie et de la dignité humaine. Pour elle, préserver la santé des citoyens est aussi une manière de préserver l’honneur des traditions ancestrales et d’éviter qu’elles ne soient injustement associées à des pratiques mettant en péril la population.

Dans la même dynamique, elle a dénoncé les attitudes de certains responsables religieux — prêtres, pasteurs, prophètes ou évangélistes — qui, selon elle, entretiennent un regard négatif sur les religions endogènes et les pratiques vodou. Elle regrette notamment les discours stigmatisants et certains actes de destruction visant des objets de culte ou des symboles traditionnels.
Pour la gardienne des traditions, de tels comportements fragilisent le vivre-ensemble et alimentent des tensions inutiles dans une société qui a besoin de dialogue et de respect mutuel.
« Chacun doit pouvoir vivre sa foi dans le respect de l’autre. Détruire les symboles d’une autre croyance ou chercher à humilier ceux qui pratiquent autrement ne contribue ni à la paix ni à l’unité », insiste-t-elle.
Mama Hoedossi Bedi s’est également exprimée sur un autre phénomène qui suscite de vives réactions : les révélations publiées sur les réseaux sociaux par certaines personnes se présentant comme d’anciens traditionnalistes convertis, affirmant avoir participé à des actes criminels ou à des meurtres dans le cadre de leurs anciennes pratiques.
Des déclarations particulièrement graves qui, selon elle, ne doivent pas être banalisées.
Elle estime que l’État doit accorder une attention particulière à ces prises de parole publiques et interpeller leurs auteurs afin que toute la lumière soit faite sur de telles affirmations.
« Aucun vrai traditionnaliste ne peut revendiquer le meurtre comme pratique. Cela n’a rien à voir avec le vodou. Ce n’est pas notre tradition », affirme-t-elle avec fermeté.
Pour Mama Hoedossi Bedi, la religion vodou est avant tout une spiritualité de paix, de protection et d’équilibre. Elle a pour vocation de préserver la nation, de veiller sur ses citoyens et de contribuer à l’harmonie sociale.
« Le vodou protège la vie. Il ne la détruit pas. Il œuvre pour la paix, pour la stabilité et pour la protection de la communauté », rappelle-t-elle.
À travers cette sortie, la gardienne de l’harmonie interreligieuse lance un appel à tous les acteurs religieux et traditionnels du pays : préserver la vie, respecter les croyances de chacun et bâtir ensemble une société apaisée, fondée sur la responsabilité, le dialogue et le respect mutuel.
AA





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