Kara fait salle comble : le Nord répond au plus grand rassemblement de cardiologie jamais organisé dans le Septentrion

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Kara fait salle comble : le Nord répond au plus grand rassemblement de cardiologie jamais organisé dans le Septentrion

La ville de Kara a vécu au rythme du cœur ces deux derniers jours. Pour sa troisième édition, la Société de Cardiologie du Togo (SOCART) a fait le choix inédit de délocaliser son congrès national dans le Septentrion, tranchant avec la tradition des rendez-vous médicaux confinés à la capitale.

Le pari était audacieux. Il s’est révélé payant.

Plus de 300 professionnels de santé venus des régions Centrale, de la Kara et des Savanes ont investi les salles de formation pendant deux jours intenses, pour apprendre ou parfaire des gestes qui sauvent : réanimation cardiopulmonaire, manipulation des défibrillateurs, utilisation des moniteurs multiparamétriques et interprétation de l’électrocardiogramme. Autant de techniques jusqu’ici théoriques pour beaucoup d’entre eux.

Des équipements dans les cartons, faute de formation

Le constat qui a motivé cette décision est aussi simple qu’alarmant. « L’État équipe déjà les centres médico-sociaux en défibrillateurs et en scopes, mais ces outils restent dans les cartons faute de formation », a rappelé le Président de la SOCART, le Lieutenant-Colonel Professeur PIO M., lors de la cérémonie d’ouverture. Plus du tiers de la population togolaise réside dans les trois régions septentrionales, et le personnel soignant peine à rallier Lomé pour se former. Venir à eux s’imposait donc comme une évidence.

La cérémonie d’ouverture s’est tenue en présence du Secrétaire Général du Gouvernorat de la Kara, GNIGBANGOU Gountitoute, représentant le Gouverneur, du Directeur Régional de la Santé, le Dr AGORO Sibabe, ainsi que du Président du Comité Scientifique, le Professeur PESSINABA Soulemane.

Formation de base et mise à jour pour les spécialistes

Le programme scientifique, conçu sur deux niveaux, illustre l’ambition du congrès. D’un côté, une initiation pratique destinée aux non-spécialistes — infirmiers, agents de santé communautaire, techniciens — confrontés chaque jour à des urgences cardiaques sans en avoir toujours les outils. De l’autre, une mise à jour pour les cardiologues sur les dernières recommandations des sociétés savantes européennes et françaises, ainsi que sur des techniques d’imagerie avancées comme le strain en échographie.

« Face à la montée des maladies cardiovasculaires, le congrès axe ses travaux sur la réanimation cardio-pulmonaire pour améliorer la prise en charge d’urgence », a résumé le Pr PESSINABA Soulemane, Médecin Lieutenant-Colonel des Forces Armées Togolaises et Président du Comité Scientifique.

Du terrain, des visages, des mots

Dans les couloirs du centre de formation, les témoignages disent mieux que tout l’utilité de l’initiative. M. Poutili, infirmier au CMS de Bandjeli, confie avoir longtemps redouté de toucher un défibrillateur. « D’habitude on entend parler de ces appareils, mais on n’ose jamais les manipuler. Aujourd’hui on a appris pas à pas. Quand un patient fait un arrêt, on perdait des minutes précieuses. Maintenant je sens que je peux réagir vite et donner une vraie chance de survie. »

Mme M’BOHN, infirmière au CMS de Kpendjal, retient quant à elle l’apport des nouvelles recommandations cliniques. « On reçoit beaucoup de cas d’hypertension artérielle et d’insuffisance cardiaque ici au nord. Ce qu’on nous a partagé aujourd’hui va nous aider à diagnostiquer plus tôt et à adapter le traitement. On repart avec des outils, mais aussi avec la motivation de former nos collègues restés dans les centres périphériques. »

Un engagement qui dépasse les murs du congrès

Les autorités présentes ont tenu à marquer l’importance symbolique et pratique de l’événement. Le Directeur Régional de la Santé a salué « une initiative cruciale face aux urgences cardiopulmonaires dans le nord du pays ». Le représentant du Gouverneur a, lui, engagé les participants à devenir des relais : « Nous comptons sur chaque professionnel formé pour diffuser ces acquis dans les centres de santé les plus reculés. »

Car l’enjeu final dépasse Kara. Les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité au Togo comme dans le monde, et leur prise en charge repose souvent sur les quelques secondes qui séparent un geste bien exécuté d’une vie perdue.

La SOCART l’a compris. Après le Septentrion, le prochain rendez-vous se tiendra à Lomé, pour boucler la boucle nationale.

DODJI KETEHOU

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