Exportations agricoles : au Togo, le cacao dope les recettes
Au Togo, les exportations agricoles ont fortement progressé entre 2020 et 2024, passant de 122,5 milliards à 176,2 milliards de FCFA, selon les données de la BCEAO. Cette hausse de 43,9 % masque toutefois des évolutions contrastées selon les filières. Le cacao et le coton-fibre ont notamment tiré les recettes vers le haut en 2024, tandis que les oléagineux ont pesé sur les exportations de produits alimentaires d’origine végétale.

La dynamique s’est toutefois inversée. Les dernières données disponibles sur les filières café-cacao montrent une forte contraction des exportations en 2025-2026, malgré une progression de la production.
Les exportations agricoles rebondissent fortement jusqu’en 2024
Après un recul à 111,2 milliards de FCFA en 2021, les recettes agricoles à l’exportation sont remontées à 149,2 milliards en 2022, puis 152,9 milliards en 2023, avant d’atteindre 176,2 milliards en 2024, leur niveau le plus élevé sur la période.
Le cacao a largement contribué à cette forte progression. Ses exportations sont passées de 16,7 milliards de FCFA en 2023 à 54,1 milliards en 2024. Dans le même temps, les volumes exportés ont progressé de près de 62 %, à 21 017 tonnes, contre 12 992 tonnes un an plus tôt.
La dynamique s’est poursuivie sur la campagne 2024-2025. Le Togo a alors exporté 24 000 tonnes de cacao, contre 11 182 tonnes lors de la campagne précédente. Les exportations de café sont également passées de 2 618 à 4 400 tonnes.
Mais cette progression n’a pas duré. Sur la campagne 2025-2026, les exportations de cacao sont retombées à 8900 tonnes, soit une baisse de 62,9 %. Celles de café ont diminué de 40,9 %, à 2600 tonnes.
À l’inverse, la production a continué de progresser, atteignant 23 084 tonnes de cacao (+7 %) et 30 472 tonnes de café (+2,5 %). Ce recul des exportations intervient notamment dans un contexte de forte volatilité des marchés et de difficultés de commercialisation.
Le cacao reste stratégique, mais le marché est plus volatil
Le retournement intervient après une période de prix internationaux élevés. Début 2026, la chute des cours avait déjà provoqué l’accumulation d’environ 1500 tonnes de stocks invendus au Togo, dans un contexte de ralentissement des transactions.

Face à cette volatilité, le Togo cherche à améliorer la qualité et la valorisation de sa production. Un centre de traitement post-récolte de cacao d’excellence a été construit à Kessibo-Abréwankor, dans la préfecture de Wawa, avec un investissement de 160 millions de FCFA. Il vise une production de 100 tonnes de cacao d’excellence dès sa première année.
Un deuxième centre dédié au cacao d’excellence a également été mis en service à Mpoti, dans la commune de Blitta 3.
Cette stratégie s’accompagne d’un renouvellement des plantations. Près de 940 000 plants de caféiers, de cacaoyers et d’essences agroforestières ont été distribués depuis 2021, permettant le renouvellement d’environ 705 hectares de plantations.
La filière café-cacao représente environ 1,2 % du PIB et fait vivre près de 32 000 producteurs.
Le coton cherche un nouveau cycle de croissance
Le coton-fibre a également contribué à la progression des exportations en 2024. Les recettes ont atteint 31,4 milliards de FCFA, contre 19,2 milliards en 2023, soit une hausse de plus de 64 %.
La filière cherche depuis à retrouver un niveau de production plus élevé. Après 60 403 tonnes de coton-graine en 2024-2025, la campagne 2025-2026 devrait approcher 80 000 tonnes, avec un rendement moyen remonté à 995 kg par hectare, contre 797 kg un an plus tôt.
Pour 2026-2027, l’objectif est désormais fixé à 105 000 tonnes sur 105 000 hectares. Au 31 juillet 2026, les superficies emblavées atteignaient déjà 115 980 hectares, soit 110,5 % de l’objectif initial.
La reprise reste néanmoins dépendante des rendements, des précipitations et des risques phytosanitaires. L’État poursuit son soutien à la filière, notamment à travers l’approvisionnement en engrais. Pour 2026, une enveloppe de 5,8 milliards de FCFA a été annoncée pour l’achat de 21 000 tonnes d’engrais.
Soja, karité : exporter davantage, mais surtout transformer
Les produits alimentaires d’origine végétale restent une composante importante des exportations agricoles. Leur valeur a toutefois reculé de 26,4 % en 2024, à 80,3 milliards de FCFA, principalement sous l’effet du repli des oléagineux.
Le soja constitue néanmoins une filière en expansion. La production avait dépassé 260 000 tonnes en 2024-2025, tandis que les acteurs du secteur visaient 500 000 tonnes pour la campagne suivante.
L’accès au marché chinois constitue également une piste de diversification. Fin 2025, la procédure d’autorisation du soja togolais pour ce marché était annoncée dans sa dernière phase.
Pour le soja, le cajou et le karité, la stratégie vise désormais davantage la transformation locale. Depuis janvier 2026, une taxe à l’exportation s’applique à ces trois produits afin de limiter les ventes à l’état brut et d’encourager l’investissement dans les unités de transformation.
Le mouvement commence à se traduire dans les exportations. Le 1er septembre 2026, Togo Soja, installée sur la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA), a réalisé une première exportation de beurre de karité transformé. La quantité expédiée n’a pas été communiquée.
Des débouchés à sécuriser
Le Togo cherche parallèlement à faciliter l’accès de ses produits aux marchés régionaux. Début 2026, les autorités ont validé un guide simplifié des procédures d’exportation agricoles vers les marchés de l’UEMOA et de la CEDEAO. L’objectif est de faciliter les démarches des producteurs, exportateurs et opérateurs du commerce transfrontalier.
Le financement et les capacités de production font aussi l’objet de nouveaux appuis. Au premier semestre 2026, près de 900 producteurs ont obtenu environ 170 millions de FCFA de crédits pour les intrants. Plus de 2000 producteurs ont reçu des semences ou boutures et plus de 500 engins de mécanisation ont été acquis.
Les exportations agricoles restent néanmoins exposées aux cours mondiaux, au climat et aux conditions d’accès aux marchés. Depuis avril 2025, les exportations togolaises vers les États-Unis sont soumises à un droit additionnel de 10 %, notamment pour plusieurs produits agricoles.
Les exportations togolaises vers les États-Unis avaient atteint 97 millions de dollars en 2024.
Pour le pays, il ne s’agit donc pas seulement d’augmenter les volumes exportés, mais de sécuriser les débouchés, d’améliorer la productivité et de capter une plus grande part de la valeur ajoutée.
Source :TF





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