Frontière maritime Togo–Ghana : Lomé réaffirme son engagement pour un règlement pacifique face au recours à l’arbitrage international
Deux jours après avoir pris acte en Conseil des ministres de la décision du Ghana de soumettre à l’arbitrage international le différend relatif à la délimitation de la frontière maritime commune, le gouvernement togolais est monté au créneau pour exposer sa position. C’est au ministère de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières que les autorités ont rencontré la presse nationale et internationale afin d’éclairer l’opinion sur les tenants et aboutissants de ce dossier sensible.

À l’origine du différend se trouve un tracé technique de la frontière maritime, issu de calculs géodésiques. Toutefois, comme l’a rappelé Noupokou Dammipi, négociateur principal pour le Togo lors des discussions bilatérales entre la Commission nationale des frontières maritimes du Togo et la Ghana Boundary Commission, les textes internationaux, notamment la Organisation des Nations unies et la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, offrent la possibilité aux États de solliciter un réajustement d’une frontière technique, en prenant en compte des éléments complémentaires, qu’ils soient historiques, techniques ou liés à des préoccupations sécuritaires.
Si ce tracé n’a pas figé de manière définitive la frontière entre les deux pays, il a néanmoins été à l’origine d’incidents enregistrés entre novembre 2016 et novembre 2018 dans une zone disputée. Des incidents restés sans affrontements armés, ont tenu à préciser les responsables togolais, soulignant qu’une feuille de route convenue entre les deux marines permettait d’éviter toute escalade, chaque État estimant que l’autre exerçait ses activités dans une zone revendiquée.
Conscient des risques, le Togo a privilégié la voie du règlement pacifique, conformément aux dispositions de la Charte des Nations Unies et aux mécanismes prévus par le droit international. À partir de juin 2018, un cadre bilatéral de discussions a été mis en place. Entre juin 2018 et décembre 2023, onze réunions officielles se sont tenues alternativement à Lomé et à Accra. Ces travaux ont permis des avancées techniques notables, notamment sur le point de départ de la frontière maritime, la détermination de la ligne de base pertinente et l’élaboration d’une carte maritime de référence.
Cependant, des divergences persistent, en particulier sur la demande togolaise d’un réajustement du tracé afin de garantir un accès équitable à la haute mer. Lomé avance des faits et événements jugés déterminants, notamment des éléments historiques liés aux pratiques de mouillage des navires à destination du port de Lomé dans une zone aujourd’hui contestée. Ce point constitue, selon la commission, le principal nœud de crispation des négociations.
Le contexte politique au Ghana, marqué par le retour au pouvoir de John Dramani Mahama et des changements au sein de la Ghana Boundary Commission, laissait espérer une relance des discussions après l’installation des nouvelles autorités. Toutefois, la décision ghanéenne de saisir une juridiction internationale est intervenue alors que les négociations n’étaient pas officiellement rompues.

Pour le Togo, le recours à l’arbitrage constitue une procédure prévue par les textes internationaux. Noupokou Dammipi assure que le pays entend y répondre avec l’ensemble des éléments dont il dispose, affichant sa confiance quant à la solidité de son dossier. Le ministre Hodabalo Awaté a, pour sa part, réaffirmé l’attachement constant du gouvernement togolais au règlement pacifique des différends, au respect de la souveraineté des États et à l’exécution de bonne foi des engagements internationaux. Les autorités togolaises annoncent aborder cette procédure avec responsabilité, sérénité et dans le strict respect des normes internationales, tout en veillant à préserver les intérêts légitimes du pays.
Au-delà de la dimension juridique et diplomatique, le différend comporte des enjeux économiques non négligeables. La zone concernée se situe dans le bassin du Golfe de Guinée, reconnu pour son fort potentiel en hydrocarbures. Le Ghana exploite déjà d’importants champs pétroliers et gaziers qui ont contribué à la transformation de son économie. Une modification de la ligne de délimitation pourrait ainsi avoir un impact sur des blocs d’exploration futurs, l’attribution de permis pétroliers, les recettes fiscales et les investissements énergétiques.
Pour le Togo, qui ne produit pas encore de pétrole offshore, l’enjeu est stratégique : sécuriser un accès souverain à d’éventuelles ressources futures dans une perspective de diversification économique. Les ressources offshore représentent en effet des recettes fiscales potentielles, des redevances, des emplois directs et indirects ainsi que des investissements étrangers. Tandis que le Ghana chercherait à protéger ses acquis économiques, le Togo vise, pour sa part, à préserver un potentiel de développement à venir.
Ainsi, entre considérations juridiques, impératifs diplomatiques et enjeux énergétiques, le différend maritime entre Lomé et Accra s’inscrit dans une dynamique où le respect du droit international et la préservation des intérêts nationaux demeurent au cœur de la stratégie togolaise.
Dodji KETOHOU




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